La fin des start up ?

La start up est une innovation de Goldman Sachs. 

Goldman Sachs a été le grand Satan de la spéculation de 29. On dit que toute la législation qui en a résulté a été écrite pour lui. 

Goldman Sachs était, depuis, devenu une banque triste. Elle s’occupait de faire entrer en bourse des entreprises qui avaient fait leurs preuves. Mais la bulle internet a réveillé son démon. Elle a eu une idée géniale : et si, au lieu de donner une valeur à une entreprise en fonction de son histoire, on le faisait en fonction de ses perspectives ? La banque ne prend aucun risque, puisqu’elle prélève une commission lors de l’entrée en bourse ! La start up était née. 

Elle a tué l’innovation organique, et peut-être même la recherche publique. En effet, à quoi sert-il de subir les coûts de la recherche, alors que le marché est prêt à les payer très cher ? D’ailleurs, que ces entrepreneurs sont séduisants quand on les compare aux entrepreneurs et aux scientifiques traditionnels ! 

Les sphères de la pensée ont nommé ce phénomène « open innovation », sans plus réfléchir à ses conséquences. 

Comme le disait un précédent billet, la fin du « quantitative easing » des banques centrales devrait retirer à la spéculation, et donc à la start up, son énergie. Il va falloir en revenir aux moyens d’innover anciens. 

L’ère du rêve est fini, travaillez, prenez de la peine, c’est le fond qui manque le moins ?

(L’édifiante histoire de Goldman Sachs.)

Barroso chez Goldman

Mais cela ne signifie-t-il pas que M.Barroso a toujours eu les mêmes idées que Goldman Sachs et que ce sont ces idées qui ont gouverné l’UE ? Et que tous les gouvernants de l’époque les partageaient ? Et que ce sont les transformations que ces idées ont apportées à l’Europe qui sont, aujourd’hui, à l’origine de la crise qu’elle traverse ? 
(Fait curieux : M.Barroso aurait été embauché pour aider Goldman à tirer parti du Brexit. Une reconnaissance du succès de son action ?)

Goldman Sachs, fusions et acquisitions

Une étude de Goldman Sachs encourage les fusions acquisitions. 

Acquérir une entreprise est généralement une très mauvaise idée. Mais, pas toujours. Comme le dit, en substance, Goldman Sachs, la fusion qui crée un oligopole prend son marché en otage et en retire une rente.

Vous avez besoin d’un coup de main pour acquérir une société ? Goldman Sachs peut vous aider. C’est le leader mondial du secteur.

Qu'est-ce que le "modèle du marché"?

Il y a déjà longtemps que les gourous du management anglo-saxons nous disent que l’entreprise doit se « recréer sur le modèle du marché ». Cette expression me parlait sans que j’en aie autre chose qu’une définition floue. En fait, sa signification est simple : l’entreprise doit devenir un négociant. Acheter et vendre. Regardons autour de nous, les transformations récentes de l’entreprise s’expliquent.

Le modèle du marché signifie l’abandon de son métier. Pour devenir un négociant, l’entreprise doit abandonner son métier. C’est ce phénomène qui a été à l’œuvre, partout, ces dernières décennies (du moins à l’Ouest). Pour en comprendre la conséquence, l’équation métier = risque est nécessaire : faire un métier c’est avoir développé une maîtrise exceptionnelle d’un certain type de risques. Voici ce que cela donne :
  • Enron a été un des pionniers du modèle du marché. 6 fois de suite il reçoit la palme de l’innovation du journal Fortune. Et tous les MBA le citent en exemple. Fin 2001, faillite. Il avait masqué ses actifs à risque dans des filiales non consolidées[1]. Toutes les entreprises font maintenant de l’Enron :
  • Goldman Sachs[2] et l’industrie financière ont augmenté massivement chiffre d’affaires et bénéfice en vendant à des marchés insolvables, tout en faisant porter les risques par d’autres, ce qui leur permettait de limiter les réserves qui servent de garanties. 
  • Les laboratoires pharmaceutiques ne veulent plus faire de recherche, ils parient sur le marketing pour vendre des produits de grande consommation (OTC). 
  • Les assureurs ont fait appel à des réassureurs.
  • Les constructeurs automobiles et aéronautiques ont confié de plus en plus de conceptions à leurs sous-traitants. 
  • Jusqu’au traité de Kyoto qui a délocalisé nos émissions de CO2 (qui croissent trois fois plus vite depuis[3]) !
Les conséquences du modèle du marché. Le modèle du marché a eu trois conséquences, que l’on découvre aujourd’hui :
  1. Il est redevenu possible de créer des marques automobiles[4]. Il suffit de s’entourer des bons équipementiers. De même, les compagnies pétrolières n’auront bientôt plus que leurs yeux pour pleurer. En effet, elles « ont jugé sage de sous-traiter le forage et d’autres aspects de la production. » Leurs sous-traitants ont apporté ce savoir-faire aux pays possesseurs de ressources pétrolières.[5] Partout les entreprises se sont dépossédées de leur métier, leur compétence à prendre des risques, en particulier celui de l’innovation. L’entreprise devient une coquille vide. Elle amasse de l’argent qu’elle est incapable d’investir. Les fonds d’investissement l’ont compris. Ils veulent  lui faire cracher ses économies. Sous leur pression, Apple, par exemple, va verser 100md$ à ses actionnaires[6].
  2. Et si un composant fautif (mais assuré) faisait dérailler votre train ou votre voiture, ou exploser votre autocuiseur ? Le risque est saupoudré partout. On ne sait plus où il est. Et surtout, il n’est plus entre les mains de ceux qui savent le gérer. Voilà pourquoi la croissance est bloquée. Les banques sont assises sur des actifs qui peuvent leur éclater à la figure. Mais lesquels ? Alors, elles accumulent des réserves. Elles espèrent aller assez vite pour être prêtes au cas où. Ce faisant, elles augmentent les chances d’Armageddon.
  3. Qu’ils soient issus du milieu scientifique ou économique, les travaux américains actuels de prospective constatent que nous gérons la planète comme l’économie. La planète court à la faillite[7] ! (Curieux retour au rapport du Club de Rome, Les limites à la croissance[8].) Le modèle du marché ne crée pas. Il exploite. Ce faisant, il détruit.
Pourquoi le modèle du marché est-il destructeur ? Le marché n’est-il pas un mécanisme de répartition, neutre ? Le prochain billet se penche sur la question. 


[1] EICHENWALD, Kurt, Conspiracy of Fools: A True Story, Broadway Books, 2005.
[2] Sur l’histoire récente de Goldman Sachs : TAIBBI, Matt, The Great American Bubble Machine, 9 juillet 2009, que l’on peut lire ici : http://www.rollingstone.com/politics/news/the-great-american-bubble-machine-20100405.
[3] FRIEDMAN, Thomas L, Hot, Flat, and Crowded: Why The World Needs A Green Revolution – and How We Can Renew Our Global Future, Penguin, 2009.
[4] Dans le dossier spécial de son numéro du 20 avril 2013.
[5] Supermajordämmerung, The Economist, 3 août 2013.
[6] Tim Cook’s cash card, The Economist, 27 avril 2013.
[7] Voir une revue de livres sur la question : Pearce,Fred, What do we fix first – environment or economy?, NewScientist, 8 juillet 2013. Et, en particulier : Friedman, Thomas L, Hot, Flat, and Crowded: Why The World Needs A Green Revolution – and How We Can Renew Our Global Future, Penguin, 2009.
[8] MEADOWS, Donella, RANDERS, Jorgen, MEADOWS, Dennis, Limits to Growth, Chelsea Green, 2004.

Fin des BRICS

Que reste-t-il des BRICS ? Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du sud. En dehors de la Chine, qui décélère, le reste ne va pas très bien. Curieux. Pourtant on nous disait que c’était l’avenir du monde. (Un économiste de Goldman Sachs, Jim O’Neill, serait à l’origine du terme.) Quel est leur problème, d’ailleurs ? BRS sont tirés par des ressources naturelles. IC s’évertuent à faire mieux que l’Occident. Mais rien de très neuf ne sort de ce monde. Il manque d’un moteur. L’Occident demeure le berceau des principales industries mondiales.

Pourquoi, alors, nous a-t-on annoncé notre fin ? Peut-être parce que Marx n’avait pas tout à fait tort. L’Occident se livre une guerre de classes, entre dirigeants (plutôt que possédants) et dirigés ? Les premiers avaient intérêt à trouver des personnels plus dociles que les seconds ? Quitte, pour cela, à transférer aux BRICS leurs savoir-faire nationaux ?

Les médias sociaux peuvent-ils révolutionner la banque


Le cas. Goldman Sachs recrute un « stratège médias sociaux ». Quelle est la signification d’une telle décision ? Les banques gèrent-elles correctement leur image sur Internet ? Internet constitue-t-il un danger pour elles ? Comment un « stratège médias sociaux » doit il aborder sa fonction ?…

Eh bien, les banques et leurs stratèges médias sociaux ont beaucoup à faire ! D’ailleurs, stratégie est bien le terme adapté. Car il s’agit d’abord de dresser un plan de bataille. Quel est mon métier ? (banque de réseau, d’investissement ?) Quelles sont mes parties prenantes (et là, il y a beaucoup plus que les clients) ? Quelle est l’urgence du moment ? (Transformer mon image ?) On doit alors concevoir un plan média.
Mais il faut aussi être prêt à réagir en cas « d’emballement médiatique », repérer les quelques sources à apaiser pour « calmer le feu ». Il faut construire un dispositif de « veille e reputation ».
Attention, ce n’est pas un travail d’homme seul, de « bouc émissaire ». Il faut « motiver en interne », construire un système de communication et de veille, ce qui demande équipe et moyens. Et surtout une vision à long terme, qui ne peut être que celle du « big boss ». 

Les médias sociaux font trembler Goldman Sachs

Offre d’emploi. Goldman Sachs cherche un « stratège en médias sociaux ». (Article du FT.)

Pourquoi ? Parce que ce que véhiculent ces médias n’est pas favorable à la banque. En particulier une chronique de ce qui se dit dans ses ascenseurs a 250.000 « followers », alors que le compte officiel de Goldman n’en a que 3500.

Voici une nouvelle qui va intéresser Hervé Kabla. En attendant son avis, définitif, je soupçonne qu’elle illustre deux choses.
  1. Tout d’abord la puissance des médias sociaux, qui sont devenus le relais principal du bouche à oreille, le moyen naturel de communication des sociétés humaines.
  2. Ensuite, les techniques de communication de crise, qui, justement, partent de ce que la communication passe par le bruit de couloir, et cherche à donner à l’entreprise le moyen de l’occuper.
Dans le cas de Goldman, je soupçonne qu’il va falloir un génie pour réussir. S’ils le trouvent, les patrons de la banque feraient bien de lui réserver un bonus plus gros que le leur…

Compléments :
  • REGESTER, Michael, LARKIN, Judy, Risk Issues and Crisis Management: A Casebook of Best Practice, Kogan Page, 3ème edition, 2005.

L’Espagne se moque de Mme Merkel ?

Le très respectable gouvernement conservateur espagnol annonce qu’il ne tiendra pas ses engagements. Ne se croirait-on pas chez les Grecs ? Mais rien ne se passe. Qu’en déduire ?

  • La rigueur est enterrée : la crise n’était pas une question de déficit public? Les marchés ne punissent pas les paniers percés: depuis que la BCE imprime de la monnaie, la dette de fait plus les criminels ?
  • La discipline économique de Mme Merkel est, corrélativement, ridiculisée. Au mieux, elle s’applique aux États sans défense (la Grèce et la Belgique), et à quelques masochistes libéraux (Angleterre, Irlande)? Avons-nous vécu un grand moment d’hypocrisie ?
  • La crise économique a été résolue par les manœuvres à la Goldman Sachs de la BCE ? Leçon de courage pour les générations futures ?
Compléments :

Changer, c'est imaginer le futur

Extraordinaire idée pour inaugurer le campus de l’EDHEC: faire plancher les élèves sur le futur des entreprises et de l’économie, direction 2035!

Au final, quelques excellentes idées comme:

  • Tatasoft, fusion de Tata et Microsoft
  • GGS, fusion de Google et de Goldman Sachs
  • Exxon Hydro, pour bien montrer que le pétrole ne salit pas…
Et en France, quels grands changements du côté des entreprises d’ici 2035?

BCE et Goldman Sachs

La BCE va prêter au FMI pour qu’il puisse prêter à son tour au Fonds de Solidarité. (FESF : pour sauver la zone euro, la BCE pourrait prêter via le FMI)

Cela permet à la BCE d’avoir le rôle de prêteur de dernier ressort d’une banque centrale, sans le dire. Donc de trahir l’esprit de sa mission, en étant fidèle à sa lettre.

C’est du Goldman Sachs tout craché. Y aurait-il un lien entre cette manœuvre et le fait que Mario Draghi a été un employé de Goldman Sachs ?

Quid de la rigueur intellectuelle du Dr Merkel ?