Dans un précédent billet, je parlais des émotions de Dominique Moïsi. On lui a reproché un concept qui n’était pas scientifique.
Je ne suis pas d’accord. Il y eut un temps où je faisais des études de marché. Une partie de ce travail consistait en des sondages. L’analyse de données conduisait à des « typologies ». Les résultats se groupaient selon des axes. Et, en regardant comment s’assemblaient les déclarations de nos interviewés, on voyait apparaître des comportements bien particuliers.
Par exemple, dans les années 90, j’ai fait une étude pour France Télécom concernant les PME. Parmi les segments identifiés, il y avait, par exemple, un petit groupe d’inquiets, ses membres percevaient l’émergence des nouvelles technologies de l’époque (Internet et la téléphonie mobile) comme une menace, et voulaient s’y adapter. En termes marketing, ils étaient les « leaders d’adoption ». Seulement, contrairement à ce que disent les livres de cours, ils étaient mus par la peur. Toutes nos études donnaient ce type de résultats. Résultats qui étaient une sorte de « soleil d’Austerlitz » pour nos clients. Soudainement, ils comprenaient ce qu’ils devaient faire.
(A noter que le « petit groupe » « pesait » un tiers du chiffre d’affaires que France Télécom réalisait avec les PME. Ce qui est aussi un résultat général : les « leaders du changement » ont généralement une importance, globale, démesurée.)
De l’utilité des idées de Dominique Moïsi !