2022 : année du bourrin ?

1% des élèves actuels parviendraient à entrer parmi les 10 meilleurs % d’il y a 30 ans, disait ce blog. Notre modèle de société est-il en train de changer ? Jadis, quelques grands hommes qui faisaient évoluer les idées et la science. Aujourd’hui, le monde est dominé par des esprits frustes, le reste de la population étant à leurs ordres. Entre-t-on dans un nouveau type de progrès ? 

Ce que l’informatique appelle « l’agilité » nous montre peut-être la voie. L’agilité est l’art du bourrin. C’est le développement de logiciel par essais et erreurs, mais sévèrement encadré, de façon à ne pas trop laisser passer d’erreurs. Et lorsqu’elles parviennent à passer et qu’elles tuent, on fait un procès, on paie les parents des victimes, et on améliore les batteries de test. 

On pourrait donc imaginer un monde « à l’américaine », qui ne chercherait plus à comprendre, comme par le passé, mais dans lequel de gros machos sur le modèle de D.Trump pleins du sentiment de leur supériorité se jetteraient à l’assaut de l’avenir. Certains parviendraient à survivre. De temps à autres leur « science sans conscience » produirait des crises environnementales. D’autres monteraient alors aux créneaux pleins de nouvelles certitudes. 

Après tout, c’est peut être comme cela que la sélection naturelle et le virus procèdent. Ce qu’Hannah Arendt a appelé « l’animal laborans » serait-il l’avenir de l’Homo sapiens ?

Qu'est-ce que l'agilité ?

Agilité. Cela fait bien longtemps que l’on en parle. Le « développement agile » ce n’est vraiment pas neuf. Et, pourtant, le concept semble avoir une seconde jeunesse. 

Il se pourrait qu’il y ait une tendance à l’innovation par la complexité, et par « l’écosystème ». C’est en réunissant des métiers qui ne se connaissaient pas, voire en jouant avec des innovations qui ne sont pas encore au point, que l’on fait du radicalement neuf. Mais cet exercice est difficile à maîtriser. Pensez un peu. Dans l’automobile, les modèles nouveaux ne peuvent entrer sur le marché avant d’avoir fait la preuve de leur fiabilité, par des quantités de tests. Dans le monde du logiciel, on fait tester le logiciel par l’utilisateur ! Eh bien, ces gens, avec leur culture diamétralement opposée de la qualité doivent cohabiter ! Et, ce n’est pas deux cultures qui doivent vivre ensemble, mais, qui sait ?, des dizaines !

C’est peut être ce que l’on entend maintenant par « agilité ». Il faut disposer d’un environnement de travail qui permette à des cultures hétérogènes de collaborer. Elles ne peuvent y parvenir du premier coup. Il faut donc un système qui fasse que l’on peut commencer à travailler sans avoir trouvé la perfection. Donc, qui procède par une succession de tentatives. Mais il faut aussi qu’il empêche les erreurs fatales. L’agilité, c’est se taper la tête contre les murs à grande répétition, sans se faire trop mal, de façon à trouver la porte le plus vite possible. C’est exactement ce que font les environnements de développement de logiciel en « open source ». Les principes de « l’agilité » ?

En tout cas, ce sont peut être aussi les principes de la résilience, et peut-être, encore, le sens caché de l’affrontement entre CHU agiles et ARS centralisées. 

L'erreur de Taylor

Il y a quelque-chose de frappant dans une usine. Elle a été conçue pour les machines.

Malheureusement, les machines ne savent pas tout faire. Alors, on a rajouté quelques hommes pour faire le petit bout de travail dont sont incapables les machines. C’est ainsi qu’un intérimaire me disait qu’il avait remplacé un robot, tombé en panne.

Et si l’on concevait les usines différemment ? A partir de ce que l’on a appelé un temps « l’homme augmenté ». C’est à dire non en cherchant à éliminer l’homme, mais à démultiplier ses capacités grâce à la machine ? Anti Taylor ?

(En fait, ce projet de concevoir les usines « différemment » est probablement celui du Lean, qui, justement cherche à tirer le maximum de l’initiative humaine, ce qui lui permet de faire de grosses économies de machine.)

L'entreprise sera agile ou ne sera pas ?

J’ai assisté à un intéressant webinaire (lien ici).

Il y était question des failles que l’épidémie a révélées dans l’organisation des entreprises.

Devant ce panorama, on peut se demander si les entreprises ont bien pris la dimension du problème, si elles font un diagnostic suffisamment rigoureux de leur situation, et si elles se préparent correctement au changement.

Je pense surtout qu’il y est dit quelque-chose de très important. L’entreprise doit devenir agile. A entendre ainsi :

  • capacité à se redéployer quasi immédiatement (je vends dans mes magasins, je vends en ligne) – mais aussi, l’excès de spécialisation tue ; 
  • surtout : saisir des opportunités : la crise rebat les cartes. Si ce n’est pas moi, c’est l’autre qui les saisit. Défendre le statu quo n’est pas une option. C’est un nouveau type de jeu. 

Paradoxe. Deux approches opposées : le produit agile et la production agile. Tesla produit un « modèle agile », plein de logiciels qui permettent de reconfigurer la voiture ; Airbus, que l’on n’aurait pas attendu là, a des processus agiles : ils sont capables d’évoluer et donc de produire de nouveaux types d’avions.

Mais rendre une entreprise agile, sans a priori dogmatique sur la méthode à employer, ne va pas de soi…