Turquie

Le président turc ressemble de plus en plus à un dictateur. Dernièrement, il a enfermé celui qui menaçait de prendre sa place lors des prochaines élections. En dehors des élections, la Turquie n’a plus rien de démocratique.

Le monde que nous pensions « aller de soi » n’est plus. Face à la force, la raison est impuissante.

Au fond, il n’y a que lui-même qui puisse renverser le dictateur. Si sa gestion appauvrit le peuple, ses jours sont comptés. Il n’y a que la force pour arrêter la force.

D’ailleurs, la situation d’Erdogan serait plus fragile que celle des dictateurs coréens du nord, vénézuéliens ou russes : la Turquie a peu de richesses naturelles et dépend des échanges internationaux.

(Une leçon pour l’élite intellectuelle qui nous a gouvernés jusque-là ? Ne pas avoir de sympathie pour le peuple amène l’humanité à plonger dans l’irrationalité, qui elle-même ne peut s’achever que par la crise ?)

Complexité

Curieux enchaînement de causes et d’effets. En attaquant Israël, le Hamas a provoqué non seulement une réaction contre lui, mais aussi une destruction du Hezbollah, et un effondrement de la Syrie. Le régime accusé de crime contre l’humanité a mis un terme à un crime contre l’humanité que l’on ignorait superbement : la Syrie était une infâme boucherie.

Non seulement l’Iran aurait perdu ses bases avancées, mais la dernière riposte israélienne aurait détruit ses défenses antimissiles, ce qui l’exposerait à une frappe de Trump. Dorénavant Turquie et Israël seraient face à face.

De bruit et de fureur ? L’histoire est une suite de coups de théâtre et d’effets papillon ? Vouloir la contrôler est une illusion ?

(Émission de Christine Ockrent, chez France culture, la semaine dernière.)

Turquie européenne

Les élections municipales turques furent un revers pour M.Erdogan.

Le maire d’Istamboul semble avoir les qualités nécessaires pour remporter la prochaine élection présidentielle. Après la Pologne, la Turquie pourrait-elle redevenir un peu plus démocratique ? Après des années de vaches maigres, les démocraties reprendraient-elles du poil de la bête ?

Ce qui me donne une curieuse idée : et si la Turquie entrait, finalement, dans l’UE.

Pour cela je propose une méthode que j’ai utilisée pour absorber des entreprises. Et qui marchait fort bien, contrairement à ce qui se pratique d’ordinaire. Il s’agit de se demander au préalable pourquoi l’on veut de la Turquie. Que nous apporte-t-elle que nous n’avons pas. Et inversement. Et tout cela ensemble qu’est-ce que cela nous donne envie de faire ?

La Turquie d’Erdogan

Le Comité France – Turquie traitait de l’évolution de la politique extérieure de la Turquie.

J’en retiens, à tort ou à raison, que la caractéristique de la Turquie sont les 21 ans de gouvernement de M.Erdogan. Il a réussi à faire que son pays compte. Mais non qu’il soit une grande nation. Son comportement apparemment erratique, a eu du bon, pour la Turquie, et du moins bon : on se méfie.

Plus intéressant, peut-être : la Turquie est prise entre des Etats qui ne lui veulent pas du bien. Sa population estime qu’elle a besoin d’un leader qui puisse faire entendre sa voix, par exemple à M.Poutine. Ce serait la véritable raison de l’échec de la coalition d’opposition lors des précédentes élections présidentielles : même ses partisans doutaient que leur candidat ait les vertus nécessaires à l’emploi.

En tous cas cela montre peut-être l’utilité et les limites du modèle Erdogan, qui est possiblement aussi celui d’un Poutine ou d’un de Gaulle, ou des « gardiens » de Platon : leur nation se fait entendre, mais elle n’est pas réellement forte. Pour cela, il faut parvenir à mobiliser plus qu’une personne ?

A l’est du monde

Turquie, Hongrie, Moldavie, Pays baltes, Pologne… pays en situation incertaine, souvent en crise, à la frontière de la Russie. Certains lui en veulent à mort, d’autres sont sensibles à l’énergie à bas prix qu’elle leur livre. Tous semblent haïr l’Europe de l’ouest, et, même, pour la Pologne, ressortir de vieilles querelles (la France l’a abandonnée aux Allemands en 40).

L’Europe de l’ouest subventionne vigoureusement la plupart de ces gens, mais personne ne lui en sait gré. C’est certainement un dû. Après tout n’a-t-elle pas beaucoup à se faire pardonner ? Ses intellectuels ne le répètent-ils pas sur tous les tons ?

Comment s’en tirer ? M.Poutine achète ses alliés avec les ressources naturelles de la Russie. Si l’Europe veut à nouveau qu’on l’aime, elle doit utiliser l’arme qui lui est propre : la puissance de son économie. Fini la décroissance et le repli égoïste sur soi du retraité permanent, qui attend la fin du monde. Et, elle a une chance : entre-temps elle a inventé un concept qui va faire fureur, et qui entre en résonance avec son universalisme génétique : la transition écologique.

Mort en Turquie

Etrange relativisme. Un tremblement de terre tue 45000 personnes en Turquie (et combien en Syrie ?). Et cela n’émeut personne. Contrairement aux exactions de M.Poutine, c’est la fatalité qui est à l’oeuvre.

From our own correspondent de la BBC disait que très peu de bâtiments turcs étaient conformes aux normes antisismiques. Il y a quelques années les entrepreneurs turcs ont payé une amende colossale à l’Etat pour que leurs bâtiments ne fassent plus l’objet de non conformités, sans avoir à faire de travaux.

A un moment où l’Angleterre n’a pas de mots trop durs contre la Cour des droit de l’homme, un concept qu’elle a inventé, il est peut-être temps de se demander s’il n’est pas notre meilleure garantie à la fois contre les Poutine, et les tremblements de terre.

(Une autre question que je me pose. J’entendais parler de routes démolies. Ce qui m’a fait penser au génie de l’armée. Pourquoi ne semblait-il pas intervenir ? La Turquie fut un Etat positiviste dirigé par l’armée. Le changement de régime n’aurait-il pas rétabli le règne de l’arbitraire ?)

Prix turc

L’association France Turquie décerne un prix à un essai traitant de la Turquie. Il n’y a que neuf candidats.

Pas beaucoup, pour un prix ? Paradoxe. J’aurais envie de lire tous ces livres. Ce qui menace de rendre le choix difficile.

Or, je n’ai envie de lire aucun des 700, ou plus, romans, qui sortent à chaque rentrée littéraire.

Paradoxe de la complexité, et faillite des théories de la concurrence : le nombre et le prestige tuent la qualité, et le génie ?

Jeu turc

La Turquie est une zone sismique à tous les sens du terme.

Non seulement la terre y tremble, mais elle est au milieu de toutes les instabilités politiques.

De chez nous elle semble appartenir à l’axe du mal. Mais sa situation n’est pas enviable. Elle doit ménager la chèvre et le chou. En particulier M.Poutine et l’UE.

En fait, elle cherche à transformer un mal en bien : utiliser sa position centrale (notamment entre les gazoducs et oléoducs qui relient les producteurs d’énergie à l’Europe, sans passer par la Russie), pour en tirer des droits de passage élevés. Mais le faux pas peut être fatal.

Voici ce que je retiens d’une conférence du Comité France Turquie, de la semaine dernière.

Habile Turquie ?

Turquie et guerre en Ukraine. Conférence du Comité France Turquie. 

D’où il ressort que la Turquie ménage la chèvre et le chou. Mais, aussi, ce qui confirme ce que je soupçonnais lorsque j’ai vu que l’ambassadeur de Turquie en France était un énarque : la Turquie a mené une habile politique de réconciliation avec tout le monde. 

On découvre aussi qu’elle a su créer une puissante armée, qui pourrait être utile à l’OTAN, et qu’elle a préparé la guerre en réduisant sa dépendance énergétique à la Russie. 

Essaie-t-elle de tirer les marrons du feu ? Après tout, ses drones expliquent en grande partie les contre performances russes. Plus compliqué. Les Turcs sont inquiets de retombées de la guerre, directe, ou indirecte : ils sont à la fois dépendants du tourisme russe et de la croissance européenne. Quoi qu’ils fassent ils pourraient être perdants. Une forme de neutralité est probablement judicieuse. 

Bref, le Turc est prudent. Ce qui, pour les Grecs anciens, était une vertu ultime. 

Fragile Europe

Pitoyable Europe ? Elle cède à tous les chantages. Ce qui encourage encore plus de chantage. Et même à croire que l’on peut vivre de chantage sans avoir à se fatiguer. Comment donner spectacle plus affligeant ? Et pourquoi ? Parce qu’elle est conduite par l’intérêt particulier (une livraison de sous-marins allemands à la Turquie, par exemple), qui lui-même décide de l’action nationale, qui elle-même décide de l’action européenne. (Article de Télos, de la Turquie et de l’Europe.)

Dilemme du prisonnier ? L’Europe est un conglomérat d’individualités, et quand l’individu optimise son intérêt, il produit un choix collectivement désastreux, et qui se retourne contre ses intérêts ? Comment introduire une dimension sociale dans l’UE ? Autrement dit, comment la rendre intelligente ?