L'intelligence comme fait social

Il faut que je fasse valider par mon chef. « Y a pas d’erreur possible, on est bien en France » dit Depardieu dans Les valseuses. Eh bien, là, il n’y a pas d’erreur possible, on est dans l’administration. 

Lorsque l’épidémie a libéré les hospitaliers ou les enseignants du carcan de leur administration, on a découvert qu’ils étaient formidablement sympathiques, et, accessoirement, compétents et intelligents. Qu’est-ce qui peut donc faire que certains types d’organisations humaines, en particulier la bureaucratie, transforment l’or en plomb, l’être humain en un exécuteur décérébré ? (En « cela » dirait Martin Buber.)

Le sociologue Robert Merton parle de « displacement of goals ». On pourrait aussi citer Michel Crozier et, surtout, Kafka. Mais ils n’expliquent pas les causes du phénomène. 

Paradoxalement, c’est peut-être un théoricien du management, Michael Porter et ses « business clusters », qui s’approche le plus d’une solution de l’énigme. Il observe, avec beaucoup d’autres, que l’entreprise tend à faire du « sur place ». Ce qui la force à donner le meilleur d’elle-même, c’est son environnement. On dirait son « écosystème ». Dans certaines conditions, non seulement il lui fournit les moyens matériels du succès, mais surtout la stimulation intellectuelle qui l’amène à se transcender. 

Et si la raison d’être de la société c’était cela : non donner des ordres à l’être humain, mais créer les conditions de son autonomie ? Et si l’être humain devait rechercher les environnements humains qui vont le mieux le stimuler, le mieux convenir à son type de talent ? 

(PS. Rendons à César… Régis Debray parle de « milieu », ce qui est pour l’homme ce que le cluster est à l’entreprise.)

Laisser un commentaire