Que cache le mot « développement » ?

La question du développement durable est liée à une interrogation : et si l’évolution fantastique qu’a connue l’espèce humaine avait quelque-chose de malsain ? Spencer Wells, un généticien, a publié un ouvrage sur le coût humain du développement… 

L’homme paye cher la civilisation

L’homme a inventé la société pour le protéger de l’extinction, mais il l’a payé de sa santé et de son équilibre psychologique. C’est, en substance, ce que dit Spencer Wells.

La particularité de l’espèce humaine est son adaptabilité quasi infinie. Celle-ci tiendrait aux caractéristiques du cerveau qui fait de l’homme un être social : il innove par la culture. Depuis les assemblées de chasseurs cueilleurs, le groupe humain est une « machine sociale » qui produit des idées, les teste et les affine.

Cette capacité d’adaptation culturelle se serait révélée il y a 70.000 ans, lorsque l’explosion d’un volcan transforme le climat terrestre et réduit nos ancêtres à quelques milliers de personnes. Mais elle donne sa pleine dimension il y a 10.000 ans : invention de l’agriculture. Celle-ci résulterait d’une autre catastrophe climatique. Un réchauffement étend le territoire des céréales. La nourriture devenant abondante, les chasseurs cueilleurs se sédentarisent et se multiplient. Nouvel âge glacière : ils sont piégés, ils ne peuvent plus partir. C’est alors qu’ils créent l’agriculture, un moyen de maintenir ce dont ils ont besoin pour vivre sur place. En découle une explosion démographique, l’apparition des formes modernes de l’État, et la guerre : plus question de fuir, il faut défendre ses biens. 

Si la société a protégé l’espèce, elle prive l’individu de sa liberté et le soumet à une succession accélérée de fléaux. Tout d’abord, elle provoque un nombre étonnant de mutations de son génome. On lui doit aussi toutes les épidémies – elles ont pour origine la cohabitation de l’homme et des animaux, sauf la malaria, qui, elle, doit son succès moderne aux transformations de l’environnement provoquées par l’agriculture. Et il y a l’hypertension et le diabète, inadaptations de notre être à notre alimentation. C’est maintenant le tour du stress, des maladies psychologiques qui font la fortune de l’industrie du tranquillisant « pour la première fois dans notre histoire, nous nous droguons pour paraître normaux ». Notre système immunitaire vit la société comme une agression permanente. Enfin, le génie génétique donne désormais à celle-ci les moyens de manipuler notre génome et de construire ainsi notre descendance. L’être humain étant le fruit d’une évolution de plusieurs millions d’années, il est probable que ce bricolage eugénique dépasse en conséquences dévastatrices tout ce que la société a commis jusque-là. 

Que faire ? La crise environnementale qui nous tend les bras sera un grand moment de créativité sociale. Il faut en profiter pour sortir de nos erreurs, et adapter notre culture à notre biologie, non plus l’inverse. Pour cela il nous faut comprendre que nos malheurs viennent de notre cupidité qui nous fait en vouloir toujours plus, ce qui déclenche des conséquences de plus en plus désastreuses pour l’homme, nous devons « apprendre à vouloir moins », et prendre un peu de leur sagesse aux derniers chasseurs cueilleurs qui nous restent. 

L’avenir

Ça a duré dix mille ans, cela peut encore durer au moins autant ? Le fait que l’on ait pris conscience du phénomène signifie peut-être que l’on désire un autre mode de développement. Peut-être aussi que l’ère où ceux qui profitaient du progrès n’étaient pas ceux qui en payaient les conséquences tire à sa fin. Peut-être enfin que la « non durabilité » ne concerne pas que l’extinction de l’espèce humaine, mais aussi notre stress quotidien, nos cauchemars, les crises de notre vie. 

Et si, comme le dit Spencer Wells, au lieu de courir après des chimères nous-nous mettions à construire une société dans laquelle nous serions heureux, tout bêtement ? 

Seulement, pour changer notre façon de nous développer, il faut certainement nous changer, nous individus, en premier. En effet, il semble, si l’on reprend le fil de ce qui est dit plus haut, que nous soyons mus par quelque chose qui ressemble à la « volonté de puissance » dont parle Nietzsche. En agressant l’homme et la nature, leur capacité au changement se révèle. C’est ce changement par agression qui paraît le moteur du progrès. La « destruction créatrice ». Or, c’est peut-être chez les combattants du développement durable que cette « volonté de puissance » est la plus manifeste.

Choix cornélien ?

Références

WELLS, Spencer, Pandora’s seed, the unforeseen cost of civilization, Random House, 2010. 

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